Mai 07 08

Cabosseurs de gens


Ce qui suit est un texte urgence, un texte éruption, une coulée de lave rédigée dans l'urgence d'une situation poussive, comme on pousse un cri. L'expression d'une colère, d'une saine colère donc, on dit comme ça désormais. Précision préambulaire : aucun lien avec les élections. Quoique...


Source de l'image ici.


Ambiance sonore : Ozark Henry.
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Ainsi donc, il ne vous restait plus que ça. La violence. La pire des violences : celle qui s'insinue dans la tête des autres. Vos mains sont sales. Vos coeurs sont secs. Vos têtes sont vides. Quelqu'un débarque avec les mains propres, une vie intérieure, de l'intelligence de vie : insupportable, évidemment. Alors ça a ruminé dans vos caboches. Ca s'est encrassé dans les vestiges de vos cerveaux. Au fil des jours, des semaines, des mois, ça a épaissi et rançi comme une soupe tiède qui vieillit mal et finit par se recouvrir d'une verte pellicule. Pendant tout ce temps-là, ô lâches planqués derrière vos apparentes responsabilités, vous avez fait mine. Mine de rien. Grise mine. Vous vous êtes recroquevillés. Vos pensées sont devenues des vengeances. Vos sentiments des frustrations. Vos actes des pièges. Vous n'avanciez pas, non. Vous restiez statique, campés, face cachée, préférant de loin l'attaque par derrière et de près la défense pâteuse. Vous avez fomenté un guet apens qui est apparu un matin de mai.

Ce matin-là, réunion. Vous êtes six contre un. Vous êtes dans vos locaux. Vous recréez un tribunal. Vous pensez même que la loi est pour vous. Vous décidez de la sentence, d'abord, vous ne la formulez pas, bien sûr, et puis vous allongez les coups, les chefs d'accusation.
Les jours, les semaines, les mois passés reviennent à la surface, extirpés du néant dans lequel ils semblaient avoir été engloutis et où en réalité ils ressassaient comme de la fiente qui cuit. Repas tiré du sac à mélasses. Vos sourires sont des grimaces. Tout ce théâtre n'est évidemment pas destiné à faire le point comme annoncé. Ni à professionnellement se donner les moyens de résoudre les difficultés du quotidien, fussent-elle d'ordre relationnelle. La cohabitation est difficile. Vous choisissez de l'éradiquer. Vous n'avez jamais cherché à la construire. Au contraire.

Pourtant, intellectuellement, vous êtes de ceux qui brandissent à tire-larigot de grandes idées sur le respect des différences. Sur la tolérance. Sur la mixité. Mais vos paroles ne sont pas vos actes. Vous vivez mal ce décalage entre la grandeur d'âme et l'étroitesse de vos corridors. L'espace s'est élargi, un fossé s'est installé, des trous béants ont donné naissance à un groufre. Votre choix ? Y pousser l'autre. Pour qu'il y tombe. Drapés dans votre cape, vous n'aurez alors qu'à vous en retourner, l'air hautain, pensant que c'était de sa faute de toutes façons.
Vous aviez le choix  entre la tour d'ivoire, l'humilité et la cave. Vous avez opté pour la jouer bâtisseur de souterrain, ongles noircis à force de gratter la terre et les caillous. Ce fut le terrier, au détriment du terreau. Pourrir sur place pour mieux pourrir l'autre. Vous aviez le choix entre aller de l'avant, partir au combat, relever le défi. Vous avez choisi de gagner (mais quoi ?) par la défaite de l'autre. Le pousser à la faute. Et si nécessaire, inventer la faute.

Alors vos pinces se sont refermées. Clac ! Vos regards sont devenus mauvais comme ceux de la bête qui a peur. Clic ! Votre méchanceté est devenue votre ressort, votre foyer, votre mécanique. Cliquetis.
Vous avez choisi. Le problème est resté plus important que tout le reste. Le public ? L'action ? L'échange ? L'humanité ? Pfuit. Envolés. Oubliés. Esquintés. Délaissés. L'essentiel devenu accessoire, la quête du bouc émissaire pouvait devenir essentielle.
Il fallait juste qu'à un moment donné bile se déverse, flèches se décochent. Il en allait de votre légitimité De votre honneur, peut-être. Il vous fallait casser, détruire, bouffer l'autre puisqu'au-delà de toute logique, vous en étiez arrivés à la conclusion que si vous n'agissiez pas ainsi, c'est l'autre , forcément animé des mêmes intentions que vous, qui allait vous casser, vous détruire, vous bouffer.

Pauvre petits hommes et petites femmes qui vous êtes égarés sur les mauvais chemins. Pauvres gens qui avez cru faire la guerre à hauteur de vue de nain de jardin. Pauvre gens pour qui la notion de solidarité est visiblement un concept qui n'a pas de sens. Vous faites mines de jouer dans la cour des grands, mais c'est à la hauteur de la manière dont vous rapetissez. Votre aire est dans la cour de l'école. Pauvres petits grands si peu grands que vous voyez tout en petit.
Vous fûtes un, puis deux. Vous ôtates progressivement du scénatio les ombres qui vous dérangeaient. L'une craqua, l'autre changea de boulot, d'autres choisirent de se taire et d'opiner du bonnet lorsque vous parliez. Un boulevard ainsi ouvert, vous créâtes un univers dans lequel vous pûtes vous nourrir comme on suce un os à ronger. Jusqu'à la lie. Vous aimez la défaite si elle n'est pas la vôtre et s'si elle n'est pas de votre fait. Alors ce fut sa fête, à l'autre. Il vous fallait le bousiller pour vous épargner vous, pour entretenir votre flamme ou ce que vous perceviez ainsi, pour vous faire croire que vous aviez encore de la force, vous réhausser de quelques millimètres.

Mais si, mais si, vous disiez-vous dans votre miroir. Je suis beau, je suis fort, j'ai raison, l'autre a tort. Les jours d'euphorie, c'était sûrement même, c'est tout le monde qui a tort et moi qui sais.
Les religions ne sont plus de mode. On prie dans le vide. Ou on ne prie plus. Alors vous n'avez pas prié. Crise de foi. A la place ?
Vous avez cuit dans votre jus. Des semaines et des semaines. Vos silences n'étaient ni des assentiments ni des accords. Mais des feintes. Foireuses. Les feintes de ceux qui ne dribblent pas. Les feintes de ceux qui n'ont pas le ballon mais qui crèvent d'envie de l'avoir.
On vous ferait une passe qu'en courant vous partiriez en ayant caché le cuir sous votre pull.

Vos silences servaient un dessein. Un seul. De ces dessins qui ne feutrent pas la page et qui, muets, finissent par éclabousser de leur crasse les murs de l'autre. Vomis. Chez vous, on ne créé pas. On pose un regard sur ce qu'a fait l'autre. Le cas échéant, on déchire.
Vos silences servaient à remplir votre besace, à la remplir de toutes les épluchures possibles. Un sourire, une phrase, un ceci, un cela. Tout était bon pour votre moulin à broyer de la différence. Tout était bon pour alimenter vos maquillages. Quand on a des absences, le mieux, n'est-ce pas, c'est de biser les présences des autres.
Vos silences entretenaient votre parano, une parano qui s'est progressivement étendue, comme le sable gagne sur le mer, comme le beurre s'étale sur la tartine. Une parano mesurable à vos impossibles. Et c'est ce désert désormais bien rempli, de ce panier de vides copieusement garni que vous avez affuté les tactiques et sorti les armes.
Vous avez guerroyé à votre manière, bien sûr. De dos. Masqués. En ayant bien veillé à ce que l'adversaire soit désarmé. Affaibli. En étant sûr de l'emporter. Comme on porte l'estocade.

Ce matin-là serait celui-là, aviez vous estimé. Le moment était idéal, n'est-ce pas ? La personne était suffisamment isolée. Alors vous vous êtes courageusement mis à six contre un, tels les torréadors qui se lancent dans l'arène avec le nombre pour eux, les protections, les outils, ni public ni témoins. Vous avez posé vos banderilles.
C'est sûr, quand on y pense, la branche était belle. Trop belle. Vous pensiez qu'elle ne vous ferait pas d'ombre, au départ. Qu'elle ne vous priverait de rien. Au contraire. Elle amenait quelques subsides. Vous pensiez qu'elle elle ne vous empêcherait pas de faire votre oeuvre. Vous longiez les caniveaux en toute quiétude quand cette branche est arrivée et s'est mise à regarder le ciel, et s'est mise à montrer le ciel, et s'est mise à essaimer autour d'elle, indiquant des marches à suivre, des démarches qui gagnent, d'autres façons de voir les choses et de les vivre, d'autres manières de faire avancer le monde.

Soudain, cette branche créait du lien social, permettait à des paroles de se prendre, facilitait les paroles qui se donnaient, incitait à la prise de conscience. Insupportable, n'est-ce pas ? Autant la casser ?
Arrache toi de mon ombre, tu fous du soleil sur mes pompes, c'est ça ?
La nuit, votre mauvais sommeil vous fait des rêves en noir et blanc et vous pensez dés le lendemain matin que c'est ça, la vie. La couleur ? Ca n'existe pas, vous dites-vous. Ca n'existe plus.
Vous pilotez un engin ivre. Il ne vous reste que quelques boutons sur lesquels appuyer et quelques manettes en quête de boussole. Mais vous ne savez pas ce que vous faites. Vous êtes un adulte qui pleure la vache qui rit et le temps des monopoly. Ou un dépassé qui suinte sa nostalgie. C'était mieux avant, pensez-vous. Et le cerveau bridé, la carlingue déjà usée, vous refusez net toute idée d'évolution. La remise en cause ? D'accord. Si c'est l'autre qui se remet en cause. Ou s'il s'en va. Laissez moi mon mythe et sa naphtaline.

Vous avez suivi des études comme un mouton suit le troupeau. Un chien de service vous mordillait les fesses lorsqu'une herbe trop verte vous tendait les branches. Le berger vous ramenait au bercail. Un jour, cependant, il vous a laissé. Ce n'est pas ça la vie
Ah ah ah, vous vous dites, non avec le sourire carnassier des guerriers mais l'onomatopée rugissante des effrayés qui perdent pied, ah ah ah, c'est facile finalement, j'ai la hâche, moi, mon gars, et je te fends le crâne avec.
Ô ça ne me fait pas plus plaisir que cela de voir ton sang qui gicle, tes neurones en bouillie qui s'affaissent, non, non, ça ne m'éclate pas, je te le promets, à la base, je en te voulais pas de mal, mais vois tu, c'est que ma survie est en jeu. Il en va de ma place que dis-je de ma vie. L'union fait la force, pensez-vous, puisque la faiblesse fait le nombre.

Des gens comme vous, il en existe des dizaines, des centaines, des milliers. Vos boulot sont des jouets que vous ne méritez pas et dont vous ne savez pas vous servir. Alors vous empêchez les autres de jouer. Ou vous changez les règles. Ou vous cachez le jouet. Vous êtes tombés dans le vide, et ne l'avez pas vu. Si occupés que vous étiez à faire tomber l'autre. L'autre ? Et bien il est mal, évidemment. Tout cabossé. Tout déprécié. Mais il se relévera. Pas vous. Il a construit. Vous avez nui. Restez dans votre nuit.

Commentaires

1 - On ne pense pas messieurs chez ces gens là...

La bêtise est vertigineuse, on peut dire que ces gens là sont est au bord du précipice.Je pense que nous avons à faire à des sportifs, la meilleure défense c'est l'attaque, et bien sachez messieurs,dames il faut être petit d'esprit pour penser que l'on peut sauver un navire en coulant un matelot; et sachez que pour sauver son honneur, fûssent ils en avoir un. "Nous sommes face à des pousse mégots avec un QI de brocolis", c'est ce que je ressens...Mais la roue tourne, et l'on récolte ce que l'on sème,bonne moisson messieurs dames

 


Un commentairien | Le Jeudi 10/05/2007 à 22:55 | [^] | Répondre