Cabosseurs de gens

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Ambiance sonore : Ozark Henry.
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Ainsi donc, il ne vous restait plus que ça. La violence. La pire des violences : celle qui s'insinue dans la tête des autres. Vos mains sont sales. Vos coeurs sont secs. Vos têtes sont vides. Quelqu'un débarque avec les mains propres, une vie intérieure, de l'intelligence de vie : insupportable, évidemment. Alors ça a ruminé dans vos caboches. Ca s'est encrassé dans les vestiges de vos cerveaux. Au fil des jours, des semaines, des mois, ça a épaissi et rançi comme une soupe tiède qui vieillit mal et finit par se recouvrir d'une verte pellicule. Pendant tout ce temps-là, ô lâches planqués derrière vos apparentes responsabilités, vous avez fait mine. Mine de rien. Grise mine. Vous vous êtes recroquevillés. Vos pensées sont devenues des vengeances. Vos sentiments des frustrations. Vos actes des pièges. Vous n'avanciez pas, non. Vous restiez statique, campés, face cachée, préférant de loin l'attaque par derrière et de près la défense pâteuse. Vous avez fomenté un guet apens qui est apparu un matin de mai.
Ce
matin-là, réunion. Vous êtes six contre un. Vous
êtes dans vos locaux. Vous recréez un tribunal. Vous
pensez même que la loi est pour vous. Vous décidez
de la sentence, d'abord, vous ne la formulez pas, bien sûr, et puis vous allongez
les coups, les chefs d'accusation.
Les
jours, les semaines, les mois
passés reviennent à la surface, extirpés du néant dans lequel ils
semblaient avoir été
engloutis et où en réalité ils ressassaient comme de la fiente qui
cuit. Repas tiré du sac à mélasses. Vos sourires sont des grimaces.
Tout ce théâtre n'est évidemment pas
destiné à faire le point comme annoncé. Ni à
professionnellement se donner les moyens de résoudre les
difficultés du quotidien, fussent-elle d'ordre relationnelle.
La cohabitation est difficile. Vous choisissez de l'éradiquer. Vous
n'avez jamais cherché à la construire. Au contraire.
Pourtant, intellectuellement,
vous êtes
de ceux qui brandissent à tire-larigot de grandes
idées sur le respect des différences. Sur la tolérance. Sur la mixité.
Mais vos paroles ne sont pas vos actes. Vous vivez mal ce décalage
entre la grandeur d'âme et l'étroitesse de vos corridors. L'espace
s'est élargi, un fossé s'est installé, des trous béants ont donné
naissance à un groufre. Votre choix ? Y pousser l'autre. Pour qu'il y
tombe. Drapés dans votre cape, vous n'aurez alors qu'à vous en
retourner, l'air hautain, pensant que c'était de sa faute de toutes
façons.
Vous
aviez le choix entre la tour d'ivoire, l'humilité et la cave. Vous avez opté pour la jouer bâtisseur de souterrain, ongles noircis à force de
gratter la terre et les caillous. Ce fut le
terrier, au détriment du terreau. Pourrir sur place pour mieux pourrir l'autre. Vous
aviez le choix entre aller de l'avant, partir au combat, relever le
défi. Vous avez choisi de gagner (mais quoi ?) par la défaite de
l'autre. Le pousser à la faute. Et si nécessaire, inventer la faute.
Alors vos
pinces se sont refermées. Clac ! Vos regards sont devenus mauvais
comme ceux de la bête qui a peur. Clic ! Votre
méchanceté est devenue votre ressort, votre foyer,
votre mécanique. Cliquetis.
Vous
avez choisi. Le problème est resté plus
important que tout le reste. Le public ? L'action ? L'échange ?
L'humanité ? Pfuit. Envolés. Oubliés. Esquintés. Délaissés. L'essentiel
devenu accessoire, la quête du bouc émissaire pouvait devenir
essentielle.
Il fallait juste qu'à un moment donné
bile se déverse, flèches se décochent. Il en allait de votre légitimité
De votre honneur, peut-être. Il vous fallait casser, détruire,
bouffer l'autre puisqu'au-delà de toute logique, vous en étiez
arrivés à la conclusion que si vous
n'agissiez pas ainsi, c'est l'autre , forcément animé
des mêmes intentions que vous, qui allait vous casser, vous
détruire, vous bouffer.
Pauvre petits hommes
et petites femmes qui vous êtes égarés sur les mauvais chemins. Pauvres
gens qui avez cru faire la
guerre à hauteur de vue de nain de jardin. Pauvre gens pour qui la
notion de solidarité est visiblement un concept qui n'a pas de sens.
Vous faites mines de jouer dans la cour des grands, mais c'est à la
hauteur de la manière dont vous rapetissez. Votre aire est dans la cour
de l'école. Pauvres
petits grands si peu grands que vous voyez tout en petit.
Vous
fûtes un, puis deux. Vous
ôtates progressivement du scénatio les ombres qui vous dérangeaient.
L'une craqua, l'autre changea de boulot, d'autres choisirent de se
taire et d'opiner du bonnet lorsque vous parliez. Un boulevard ainsi
ouvert, vous créâtes un univers dans
lequel vous pûtes vous nourrir comme on suce un os à
ronger. Jusqu'à la lie. Vous aimez la défaite si elle n'est pas la
vôtre et s'si elle n'est pas de votre fait. Alors ce fut sa fête, à
l'autre. Il vous fallait le bousiller pour vous épargner vous, pour
entretenir votre
flamme ou ce que vous perceviez ainsi, pour vous faire croire que
vous aviez encore de la force, vous réhausser de quelques
millimètres.
Mais si, mais si, vous
disiez-vous dans votre miroir. Je suis beau, je suis fort, j'ai raison, l'autre a tort. Les jours
d'euphorie, c'était sûrement même, c'est tout le monde qui a tort et moi qui sais.
Les religions ne sont plus de mode. On prie dans le vide. Ou
on ne prie plus. Alors vous n'avez pas prié. Crise de foi. A la place ? Vous avez cuit dans votre
jus. Des semaines et des semaines. Vos silences n'étaient
ni des assentiments ni des accords. Mais des
feintes. Foireuses. Les feintes de ceux qui ne dribblent pas. Les feintes de
ceux qui n'ont pas le ballon mais qui crèvent d'envie de
l'avoir.
On vous ferait une passe qu'en courant vous partiriez en
ayant caché le cuir sous votre pull.
Vos
silences servaient un dessein. Un seul. De ces dessins qui ne feutrent pas la page et qui, muets, finissent par éclabousser
de leur crasse les murs de l'autre. Vomis. Chez vous, on ne créé pas. On pose
un regard sur ce qu'a fait l'autre. Le cas échéant, on déchire.
Vos
silences servaient à remplir votre besace, à la remplir de toutes les
épluchures possibles. Un sourire, une phrase, un ceci, un
cela. Tout était bon pour votre moulin à broyer de la
différence. Tout était bon pour alimenter vos
maquillages. Quand on a des absences, le mieux, n'est-ce pas, c'est
de biser les présences des autres. Vos
silences entretenaient votre parano, une parano qui s'est
progressivement étendue, comme le sable gagne sur le mer, comme le beurre s'étale sur la tartine. Une
parano mesurable à vos impossibles. Et c'est ce désert
désormais bien rempli, de ce panier de vides copieusement garni
que vous avez affuté les tactiques et sorti les armes.
Vous avez guerroyé à votre manière, bien sûr. De dos. Masqués. En ayant bien veillé
à ce que l'adversaire soit désarmé. Affaibli. En étant
sûr de l'emporter. Comme on porte l'estocade.
Ce
matin-là serait celui-là, aviez vous estimé. Le
moment était idéal, n'est-ce pas ? La
personne était suffisamment isolée. Alors vous vous êtes courageusement mis à six contre un,
tels les torréadors qui se lancent dans l'arène avec le
nombre pour eux, les protections, les outils, ni public ni
témoins. Vous avez posé vos banderilles.
C'est sûr, quand on y
pense, la branche était belle. Trop belle. Vous pensiez qu'elle ne vous ferait pas d'ombre, au départ. Qu'elle ne
vous priverait de rien. Au contraire. Elle amenait quelques subsides. Vous pensiez qu'elle elle ne vous empêcherait pas de
faire votre oeuvre. Vous longiez les caniveaux en toute quiétude
quand cette branche est arrivée et s'est mise à
regarder le ciel, et s'est mise à montrer le ciel, et s'est
mise à essaimer autour d'elle, indiquant des marches à
suivre, des démarches qui gagnent, d'autres façons de
voir les choses et de les vivre, d'autres manières de faire
avancer le monde.
Soudain, cette branche créait
du lien social, permettait à des paroles de se prendre,
facilitait les paroles qui se donnaient, incitait à la prise de conscience. Insupportable, n'est-ce pas ? Autant la casser ?
Arrache toi de mon ombre, tu fous du soleil sur mes
pompes, c'est ça ?
La nuit, votre mauvais sommeil vous fait des rêves
en noir et blanc et vous pensez dés le lendemain matin que
c'est ça, la vie. La couleur ? Ca n'existe pas, vous dites-vous. Ca n'existe plus.
Vous
pilotez un engin ivre. Il ne vous reste que quelques boutons sur lesquels
appuyer et quelques manettes en quête de boussole. Mais
vous ne savez pas ce que vous faites. Vous êtes un adulte qui
pleure la vache qui rit et le temps des monopoly. Ou un dépassé qui
suinte sa nostalgie. C'était mieux avant, pensez-vous. Et le cerveau
bridé, la carlingue déjà usée, vous refusez net toute idée
d'évolution. La remise en cause ? D'accord. Si c'est l'autre qui se
remet en cause. Ou s'il s'en va. Laissez moi mon mythe et sa naphtaline.
Vous avez suivi des
études comme un mouton suit le troupeau. Un chien de
service vous mordillait les fesses lorsqu'une herbe trop verte vous
tendait les branches. Le berger vous ramenait au bercail. Un jour, cependant, il vous a laissé. Ce n'est pas ça la vie
Ah ah ah, vous vous dites, non
avec le sourire carnassier des guerriers mais l'onomatopée
rugissante des effrayés qui perdent pied, ah ah ah, c'est
facile finalement, j'ai la hâche, moi, mon gars, et je te fends
le crâne avec. Ô ça ne me
fait pas plus plaisir que cela de voir ton sang qui gicle, tes
neurones en bouillie qui s'affaissent, non, non, ça ne
m'éclate pas, je te le promets, à la base, je en te
voulais pas de mal, mais vois tu, c'est que ma survie est en jeu. Il en va de ma place
que dis-je de ma vie. L'union fait la force, pensez-vous,
puisque la faiblesse fait le nombre.
Des
gens
comme vous, il en existe des dizaines, des centaines, des milliers.
Vos boulot sont des jouets que vous ne méritez pas et dont vous ne
savez pas vous servir. Alors vous empêchez les autres de jouer. Ou vous
changez les règles. Ou vous cachez le jouet. Vous êtes tombés dans le
vide, et ne l'avez pas vu. Si occupés que vous étiez à faire tomber
l'autre. L'autre ? Et bien il est mal, évidemment. Tout cabossé. Tout
déprécié. Mais il se relévera. Pas vous. Il a construit. Vous avez nui. Restez dans votre nuit.





1 - On ne pense pas messieurs chez ces gens là...
La bêtise est vertigineuse, on peut dire que ces gens là sont est au bord du précipice.Je pense que nous avons à faire à des sportifs, la meilleure défense c'est l'attaque, et bien sachez messieurs,dames il faut être petit d'esprit pour penser que l'on peut sauver un navire en coulant un matelot; et sachez que pour sauver son honneur, fûssent ils en avoir un. "Nous sommes face à des pousse mégots avec un QI de brocolis", c'est ce que je ressens...Mais la roue tourne, et l'on récolte ce que l'on sème,bonne moisson messieurs dames