Déc. 07
21
L'enfant d'un mur de Berlin
Je suis né à Berlin. Ce n'est pas ce qui écrit sur mes papiers européens. Je suis tombé de la vague utérine quelques années avant que le mur ne s'effondre. J'ai grandi en même temps que lui, frontière invisible entre l'est et l'ouest. Je ne savais pas que c'était un mur, tout entier que j'étais à m'adapté à lui et à son irrepressible avancée. On ne m'en avait pas dit le mot. Ni le sens. Il faisait partie de mon horizon et j'avais développé mon calcium sans penser à Tchernobyl et son nuage fluctuant, développant une résilience de l'avancée en âge.
La vie, pour moi, c'était la pointe des pieds et deux yeux qui se hissent juste au-dessus des parpaings pour tenter d'apercevoir le monde. Lapercevoir parfois.
Je grandissais et le mur avec. Mon champ de vision restait le même. Tout me semblait normal. Calme et tranquille. Les ronces piquent quand on sait qu'on va avoir mal. Je n'étais ni heureux ni malheureux. C'était comme ça. Demain était un autre jour, me disait-on. Aujourd'hui était une béquille. Une courte-échelle.
lorsque fatigué je descendais du mirador pour reposer mes jambes, mes bras, mes doigts, mon imaginaire me permettait d'appréhender le monde et de rêver celui qui était lors le mur. Le sport les arts aidaient à exprimer pensées, émotions, pulsions.
Un tableau, un livre, un film, un spectacle.
Une sueur, une course, un battement de coeur.
Je frémissais parfois.-----
Le monde de mes yeux et le monde de mes pensées réunis.
Un jour, le mur est tombé et ce fut une grande joie pour beaucoup. Moi, je ne le savais pas. Je continuais à regarder la vie comme je l'avais toujours fait.
Je suis resté comme cela, en équilibre improbable et un jour, à mon tour, je suis tombé.
Je me suis relevé. Je me suis reconstruit et j'ai retrouvé mon regard, ce regard, et mon équilibre, cet équilibre. Il m'a fallu de la constance dans l'effort de la patience dans le geste.
Puis je suis à nouveau retombé. Me suis à nouveau relevé. Me suis à nouveau reconstruit retrouvant ce regard et cet équilibre.
Je suis une fois encore retombé. Me suis relevé, me suis reconstruit, j'ai retrouvé l'équilibre. Ces yeux regardant le monde, les coudes adossés à ce mur. J'avais besoin de lui. Mais il n'était plus là depuis longtemps déjà quand je suis tombé une fois de plus. Une fois de trop.
Ce mur n'était pas le mien. N'existait plus depuis longtemps. Les journaux et les télé en avait parlé. Je n'avais pas capté. Pourtant, je les avais tous crus.
Mes mains sont encore malhabiles. Je suis parfois surpris. Mes jambes ne me portent pas toujours vaillamment.
Je suis en train de construire une maison. Cela fait des milliards d'années que j'yl'habite.
Source de l'image ici.





1 -
très beau texte ! merci beaucoup!