Août 07 22

Le Havre


Chers vous,

Nous sommes revenus au Havre, 5 jours. Bonheur teinté de nostalgie, retrouvailles avec la plage et les galets, surprises du décor nouveau, amitié toujours présente. J’aime cette ville, profondément. C’est là que j’ai rencontré mon homme, c’est là que j’ai été mère pour la première fois.

Soleil, pluie, soleil, dessins magnifiques dans le ciel.

Quelques courageux se baignent et ressortent de l’écume en grelottant. D’autres font mine, stoïquement…

Samedi midi, nous avons mangé sur la plage dans une de ces paillotes qui font les délices des havrais dès que le temps s’y prête. Au moindre rayon de soleil, les voilà tous en terrasse, les épaules et les jambes dénudés. Evidemment, nous sommes en jean et en pull, nous ne sommes plus habitués ou déjà pervertis, c’est selon.-----

Le long de la promenade, Le Havre défile, petits et grands, jeunesse et vieillesse, surfeurs, kékés, familles, bourgeois, dragueurs et dragueuses, oisifs, oiseux, hommes d’affaires avec portable branché sur le portefeuille, vélos, trottinettes, poussettes, rollers, mouettes, goélands, musiciens, joggueurs, fumeurs, photographes, touristes…

Soudain, nous apercevons un noir, puis deux, puis cinq, dix, cinquante, jusqu’à cent. En file indienne, ils défilent devant le restaurant et se dirigent vers les cabines de plage. Nous les regardons, fascinés. Le décor n’est plus le même. Un morceau d’Afrique est venu jusqu’à nous. D’Afrique ou de France, je ne sais même pas. Peut-être viennent-ils simplement du Havre. Probablement pas. Ils portent presque tous des tissus aux couleurs vives et j’admire les coiffures complexes des femmes. J’ai toujours été impressionnée par ces châteaux de cheveux.

Ils attendent et prennent des photos de la plage, des cabanes, des blancs qui les regardent ahuris. Ils étaient comme incongrus dans ce décor de carte postale où l’on s’attend si souvent à voir resurgir un homme à moustache dans son costume de bain rayé. Quelques minutes plus tard, c’est moi qui vais devenir incongrue. Le groupe se dirige vers la mer. A distance, une voiture de CRS les suit. Ils font un cercle et s’agenouillent. Une dizaine d’homme en blouse blanche se met à psalmodier dans une langue que je ne connais pas.

Pendant ce temps, petit à petit, un deuxième cercle, plus ténu, plus discret, se forme autour d’eux. C’est nous. Les blancs. Raides dans nos chaussures.

Les hommes en blouse se tournent maintenant vers la mer et avancent dans l’eau. Le groupe les suit en chantant. Les officiants sont dans la mer jusqu’à la taille. Derrière eux, des voiliers et des paquebots passent, indifférents. Devant eux, juste au bord, le groupe laisse échapper trois femmes. Elles vont rejoindre les hommes en blanc qui les plongent, chacune à leur tour, sous l’eau. Des cris de joie s’élèvent et ceux qui sont restés sur le bord se mettent à chanter et à danser de joie. Les femmes reviennent ; on ne leur parle pas, elles s’agenouillent sur le sable, un peu à l’écart, et je suppose qu’elles prient. Leur regard est ailleurs, comme tourné vers elles. Elles se lèvent soudain et participent au baptême suivant en mêlant leurs cris, leurs chants et leurs danses à ceux des autres.

Ils sont beaux, elles sont belles dans leurs robes mouillées, je me sens en enfance. Bien. A ma place si j’avançais un peu. Je n’ose pas. On ne peut pas voir à la couleur de ma peau que je suis noire. Je pense à ma fille dont ce sera le baptême bientôt et je mesure la différence entre les deux cérémonies. J’aime quand la religion porte bien son nom, quand elle relie les hommes. Mon église, c’est le monde, ma religion, c’est l’amour. Le reste n’est que détail. Sans importance.

Cet après midi, sur la plage du Havre, près de vingt femmes ont retrouvé l’innocence du baptême. Une parenthèse heureuse. Un morceau de soleil arraché à la grisaille d’un été sans été. L’une de ces femmes était blanche de peau. Personne ne le saura, sans doute. A part vous.

Je vous envoie donc des dragées virtuelles, elles ont le goût salé de la mer et la douceur sucrée de la vie.

Commentaires

Et pis les dragées, ça croque sous la dent !
Merci pour ce fort beau joli texte et ces parfums d'été... ici... là... ailleurs...

 


Didier | Le Mercredi 22/08/2007 à 20:05 | [^] | Répondre

Lien croisé

El bolg : "C'était le samedi 28 juillet 2007, à l'initiative de Didier, je vous avais écrit une "petite" carte postale, elle est à présent sur son excellent blog : Bleu comme une orange. Si vous voulez la lire, cliquez sur la photo suivante : "

 


Un commentairien | Le Jeudi 23/08/2007 à 12:37 | [^] | Répondre

Quelle réactivité, quelle rapidité ! A peine ai-je fait mon billet sur mon blog qu'il y a déjà un lien croisé sur le tien ! Tu fais partie des 4 fantastiques?

 


Tiphaine | Le Jeudi 23/08/2007 à 13:06 | [^] | Répondre

Re:

j'y suis pour rien, ma pauvre dame. Le net est aux aguêts sans moi, sur ce coup là !!! Magie de la technologie, ma foi !

 


Didier | Le Jeudi 23/08/2007 à 14:52 | [^] | Répondre

Lien croisé

Vacances Havraises 2/2 : le baptême - El bolg : "Voilà : l'adresse pour lire mon récit de ca baptême, c'est là : http://passerelle.viabloga.com/news/le-havre#comments "

 


Un commentairien | Le Samedi 25/08/2007 à 22:13 | [^] | Répondre

Merci de nous avoir fait partager ce moment si étonnant et de nous avoir ouvert ton coeur...

 


Marie | Le Lundi 17/09/2007 à 10:13 | [^] | Répondre

Lien croisé

El bolg : "C'était le samedi 28 juillet 2007, à l'initiative de Didier, je vous avais écrit une "petite" carte postale, elle est à présent sur son excellent blog : Bleu comme une orange. Si vous voulez la lire, cliquez sur la photo suivante : "

 


Un commentairien | Le Lundi 22/10/2007 à 19:39 | [^] | Répondre